Illusions
communes
Faites le test! Demandez à dix ou vingt
personnes de décrire «la santé»! La plupart expliqueront, dans leurs mots, que
c’est l’absence de maladie. Toute la médecine occidentale est concentrée, à
tort ou à raison, pour forcer le système à retrouver des paramètres biologiques
qui s’insèrent dans les normes. Or des normes, pas de salut.
Les experts ridiculisent bien souvent les
médecines douces parce qu’elles soutiennent le système plutôt que de combattre
ce que l’on décrit comme un «envahisseur», un virus ou une bactérie. Dans
certains cas critiques, l’intervention forçant le retour aux paramètres idéaux
est probablement la meilleure manière d’éviter les drames. Mais les échecs,
camouflés, de la médecine occidentale face aux maladies chroniques devraient
nous inviter à percevoir la santé d’une manière différente.
Dans beaucoup de cas, les experts vantent
l’absence de preuves de danger face aux produits alimentaires transformés à
outrance, aux organismes génétiquement modifiés (actuellement, les plantes et,
prochainement, les animaux), aux techniques de production agricole et à la
surmédicalisation des êtres humains. Par contre, les herboristes, les naturopathes,
les chercheurs qui soulignent certaines incohérences dans les consensus
médicaux ou les parents qui refusent la vaccination sont décriés comme des
monstres mettant en danger la vie d’autrui.
Le problème, c’est que tout cela n’est
possible qu’à partir de nombreuses illusions sur ce qu’est la Santé.
Bien sûr, si je me cassais une jambe, je serais bien heureux de recevoir un plâtre. Et si, de manière bien embêtante, mes cellules n’arrivaient plus à se développer sainement, je serais bien content que la médecine occidentale ait développé des techniques modernes pour permettre à mon corps de recouvrer un minimum de santé.
Figé
À chaque étape de notre vie, nous sommes invités à résoudre un enjeu particulier. Que l’on regarde les stades de développement décrits par Sigmund Freud ou Érik Érikson, voire la pyramide des besoins d’Abraham Maslow. Certains se résolvent aisément, d’autres sont plus compliqués à solutionner. On reconnaîtra alors que les complications reflèteront une situation délicate en termes de développement de la personne. Pire, si une personne reste bloquée à l’un de ces stades, il y a des risques de troubles en santé mentale. Parfois, l’étape est passée sans trop de difficultés, mais un événement marquant fait régresser la personne dans ses enjeux non résolus.
De même, une stratégie de défense, nécessaire pour la survie physique ou psychique d’une personne à un moment donné de sa vie, qui deviendrait l’unique moyen d’interagir avec autrui reflèterait également des troubles en santé mentale. En d’autres termes, le chevalier a plus de chance de survivre au combat grâce à son armure, mais elle devient problématique pour embrasser ses enfants à son retour au château. Or, combien de preux chevaliers ne conservent-ils pas continuellement leur armure même pour cueillir une marguerite? Quel que soit le secteur de notre vie, dès que des paramètres se figent, il y a un certain risque de danger. Savez-vous comment un pacemaker peut reconnaître l’imminence d’une fibrillation? Parce que la fréquence cardiaque se standardise, le rythme se fige! De même, l’absence de vagues est un signe annonciateur d’un tsunami…
Un match de basket n’est plaisant que parce qu’il y a du mouvement. C’est ainsi en sport, mais surtout en physiologie, en psychologie, en environnement et en finance. C’est également le cas dans la spiritualité, car une pensée qui se fige devient alors sectaire et ce, même si elle est partagée par des millions d’individus.
La Vie
est dynamique
«Les médecins savent depuis longtemps qu’il est important de considérer l’aspect temporel des maladies pour établir un diagnostic exact et sélectionner le traitement approprié, mais ils choisissent souvent de ne pas intégrer la notion de temps dans leur approche thérapeutique» écrivaient, en 1995, Anne Beuter et Léon Glass. Quinze ans plus tard, rien n’a changé, dans un système de santé de plus en plus bancal.
En fait, intégrer le temps dans l’histoire d’une «personne malade» demande du temps. Or, le système public, saturé, ne le permet plus. Les assurances, tant publiques que privées, ne le permettent pas plus. Elles se basent sur des données probantes qui profitent aux approches forçant le retour le plus rapide possible aux normes. L’individu, en quête de performance, ne l’accepte pas plus. Beaucoup de personnes, sensibles à la souffrance d’autrui, ne supporte plus certaines réalités difficiles rencontrées par l’autre.
De même, intégrer le temps de la réflexion, du
recul, de la prise en compte de paramètres multiples et interdépendants. Pour
ce faire, il s’agit d’accepter d’être déstabilisé, de ne pas savoir
immédiatement, de ne pas tenir compte uniquement de l’immédiat. Accepter que ce
que Prigogine appelait le chaos fait partie de la Santé, comme un passage entre
deux états, deux équilibres.
Mais nous sommes coincés dans l’urgence et le déni. Tous nos systèmes psychosociaux sont basés sur la volonté d’agir en urgence. N’appelle-t-on pas la sacro-sainte entrée des hôpitaux «l’Urgence»? Et si l’urgence est impossible, on banalise, on dénie, on élimine ce qui dérange… Combien d’experts ne prétendent-ils pas que la «fatigue chronique» n’existe pas, car ils ne savent pas comment agir en urgence face à une physio-psychologie qui, dans ce cas-ci, ne veut plus d’urgence!
Il est certain qu’une crise d’appendicite doit être soignée en urgence, pour éviter la péritonite et le décès de la personne. Et heureusement que la médecine occidentale a développé des interventions efficaces pour détecter et soigner certaines maladies mortelles. Mais pour le reste? Pouvons-nous accepter que la vie est dynamique? Que la santé est dynamique? Qu’elle passe d’un état d’équilibre à un autre en passant par une période instable, voire chaotique?
Confusion
des genres
À vouloir trouver des preuves rationnelles de
la Santé, les experts ont proposé des paramètres et des normes. Notre
difficulté à accepter l’instabilité entre deux états d’équilibre, deux
organisations bio-chimico-physiques, a créé des déséquilibres qui ne sont pas
nécessairement meilleurs pour la Santé.
Auparavant, on appelait les «personnes
malades» des patients, car il fallait être patient pour que l’équilibre
physiologique se manifeste, suite au contact avec un virus ou une bactérie qui
impose un ralentissent des activités... Les nouvelles terminologies sont-elles
plus adéquates si elles créent plus de confusion quant aux causes et aux sens
des maladies?
Malheureusement, si les chimistes ont reconnu
que le chaos était nécessaire pour créer de l’ordre dans l’Univers, notre
société est loin d’en comprendre le sens… puisque le premier réflexe de tout un
chacun est de se rigidifier dès qu’il y a l’ombre d’une difficulté.
Acceptons que tout est dynamique et ayons du plaisir à vivre autant les moments instables que les équilibres momentanés…
Références
· A. Beuter et L. Glass, «Les maladies dynamiques – une nouvelle approche de la médecine», Interface, mars-avril 1995:29-39.
· J. Monzée, Médicaments et performance humaine, Editions Liber (sous presse), Montréal.
· R. Houde, Les temps de la vie – Le développement psychosocial de l’adulte selon la perspective du cycle de vie, Éditions Gaëtan Morin, Paris, 1999.
Joël Monzée Ph. D.
Institut du développement de l’enfant et de la famille du Nouveau Monde
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