La confiance est au cœur des relations saines. Souvent, notre sentiment de confiance est dépendant du comportement des autres. C’est la porte ouverte pour les difficultés développementales chez l’enfant et des relations intimes délicates tout au long de la vie. Sauf si nous apprenons à observer et lâcher prise.
Relation confirmante
Un enfant a besoin d’établir un lien de confiance avec ses parents et ses professeurs pour grandir. Ce lien confirme le droit d’exister de l’enfant. Ce lien permet la sécurité minimale pour accepter de rencontrer toute forme de difficultés. Ce lien permet le développement sain du cerveau de l’enfant.
Sans cette confiance, les structures de son cerveau vont maximiser l’implication des amygdales, ces deux petites structures par lesquelles passent toutes les informations sensorielles pour évaluer le degré de menace et déclencher automatiquement les stratégies de défense face à ce qui est perçu comme menaçant...
Sans confiance, il n’y a pas de lien affectif suffisant pour garantir le développement harmonieux du système neurologique et, selon Grégory Bateson et ses collaborateurs de l’École de Palo Alto, il y a un risque de déclencher des comportements de retrait relationnel pouvant mener les enfants plus fragiles à l’autisme.
D’ailleurs, toute forme de thérapie est également basée sur le lien de confiance. Sans un lien thérapeutique de qualité, la scène entre le thérapeute et la personne ne fait que de reproduire des scénarii blessants. Or, la thérapie se veut un espace de reconstruction qui offre de nouvelles bases de développement de la personne. Sans un minimum de confiance, la thérapie peut être caduque.
Rapport de force
Si la plupart des individus espèrent vivre en paix, ils utilisent fréquemment la coercition pour atteindre leurs objectifs. Très tôt, les adultes installent avec leurs enfants des rapports de force pour les contraindre à respecter les consignes, les normes ou les attentes fondées en eux.
Il faut un certain courage et une dose de confiance chez l’adulte pour «oser» sortir des luttes de pouvoir avec leurs enfants ou leurs élèves. Or, l’adulte vit tantôt de l’impuissance, tantôt des remises en question de son autorité, tantôt des aléas incontrôlables de la vie courante, etc. Ces réalités créent souvent soit du laxisme, soit de la rigidité. L’un comme l’autre altèrent le lien de confiance entre l’adulte et l’enfant, l’enfant et l’adulte.
Quelle que soit la forme de lutte de pouvoir, il est impossible de bâtir la confiance. Coincé dans des réactions de type «victime-bourreau», l’enfant n’a d’autres choix que la soumission ou la rébellion, ce qui renforce bien souvent l’excès d’autorité des adultes.
Or, toute forme de rapport de force accentue l’efficacité du cerveau reptilien (défense) au détriment de celle du cerveau préfrontal (humanité). L’enfant peut, peut-être, fonctionner dans la famille, la classe ou la société, mais au départ il interagit avec de stratégies défensives qui limitent sa qualité de vie, voire créent des déséquilibres psychopathologiques.
Psychopathologie
Constamment, je fais le constat d’erreurs de diagnostic et d’errance dans l’encouragement et la prescription de médicaments psychotropes.
En effet, trop souvent les adultes solutionnent les comportements dérangeants des enfants avec des psychostimulants (Ritalin, Adderall, Concerta, etc.) ou des antipsychotiques (Risperdal, etc.).
Pourquoi? Parce qu’on décrit aisément les enfants qui n’ont plus confiance dans l’adulte comme des êtres distraits, impulsifs ou hyperactifs. Certains partent dans la lune; d’autres s’opposent; quelques-un explosent. Bien sûr, leurs comportements sont problématiques autant pour eux-mêmes que pour leurs pairs et les adultes. Pourtant, ils ne font que de réagir, maladroitement, par des comportements dérangeants face à la menace.
Fréquemment, on leur colle l’étiquette diagnostique à la mode: le «trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité» (TDAH). » Cette pathologie présuppose qu’il existe une malformation neurologique affectant le système dopaminergique dans leur cerveau, ce qui justifie la prescription de psychostimulants. Sans tenir compte des effets secondaires, on modifie les équilibres biochimiques du cerveau pour imposer les comportements attendus. La médication gèle les affects des enfants qui peuvent à nouveau «performer»: ils sont sages, ils sont studieux, ils ne dérangent plus la classe, ils ne contestent plus...
Dans ma pratique clinique, je rencontre de nombreux enfants diagnostiqués TDAH. En regardant leurs enjeux, je constate que la plupart sont coincés dans des réactions face aux rapports de force avec leur(s) parent(s) et leur(s) professeur(s). Fondamentalement, ils n’arrivent plus à leur faire confiance et ils se sentent, à tort ou à raison, menacés. Au début, ils retiennent leurs peurs, leurs frustrations, leurs affects et leurs incompréhensions. Tôt ou tard, l’anxiété est tellement envahissante qu’ils s’évadent dans leur tête ou réagissent avec des comportements dépressifs, impulsifs ou perturbateurs.
Si l’adulte prend le temps de regarder attentivement ce qui se passe, les comportements dérangeants s’apparenteraient au «trouble de l’adaptation». C’est à dire que les enfants tentent de s’adapter à un contexte ressenti comme menaçant, car imprégné de luttes de pouvoir, puis l’excès d’anxiété les amène à développer des comportements similaires à ceux du TDAH ou du «syndrome Gilles de la Tourette». Ce sont peut-être des stratégies maladroites pour se défendre lorsqu’ils se sentent menacés, mais ce n’est pas un trouble neurologique et la médication devient inadéquate en termes de développement de l’enfant.
Mais le professeur et le médecin de famille, parfois aussi le parent, font très rarement cette nuance. On reste souvent au premier degré et on fait des pressions pour que l’enfant prenne une médication. On gèle les affects de l’enfant plutôt que remettre en question la manière d’interagir avec lui. C’est plus rapide pour solutionner la problématique scolaire ou familiale, alors que cela prend du temps pour qu’il puisse verbaliser ses difficultés, car souvent il n’a pas les mots et, fréquemment, il n’aime pas ressasser ses blessures et ses peines.
Lâcher prise
La plupart du temps, nous avons besoin de l’autre pour ressentir la confiance. Cette relation de dépendance est normale pour l’enfant, mais problématique lorsque les rapports de force rythment les relations enfant-adulte.
Si une personne dépend d’une autre personne ou d’un objet pour ressentir une sensation de sécurité, même minimale, cela peut la vulnérabiliser, voire la fragiliser. C’est là qu’apparaissent alors les stratégies défensives qui laissent apparaître des difficultés dans les relations avec autrui et, éventuellement, des troubles d’ordre psychopathologique.
Dès qu’on fait attention à sortir du rapport de force et recréer un lien de confiance, les comportements dérangeants de l’enfant tendent à disparaître. Bien sûr, cela prend parfois du temps, mais c’est la porte ouverte aux saines habiletés qui permettent de se responsabiliser et de s’impliquer dans la vie.
De plus, si on aide l’enfant à se faire confiance, à lui-même, et ce, indépendamment des comportements de son entourage, il va alors commencer à utiliser sa sensibilité comme une porte ouverte pour exprimer son humanité. Il sort de toute forme de dépendance, il se confirme lui-même, s’apaise et peut alors s’impliquer avec discernement, témoin des délires de la société, mais confiant en ses possibilités.
Paradoxalement, l’enfant doit apprendre à faire confiance, à observer ce qui se passe et à lâcher prise pour réduire son anxiété...
Références
J. Monzée. «Hyperactivité et Ritalin: un médicament n'est pas une sucette», Revue Dire, 2004, vol. 13(2):42-44.
J. Monzée, «Médicalisation des humeurs des enfants», Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale, 2006, vol. 8(2):76-88.
J. Monzée, «Emotion et mouvement: organisation neurophysiologique et implications cliniques», dans J. Monzée (dir.), Neurosciences et psychothérapie, Editions Liber, 2009: 221-251.
J-J. Wittezaele et T. Garcia. A la recherche de l'école de Palo Alto, Éditions du Seuil, 1992.
Joël Monzée Ph. D.
Institut du développement de l’enfant et de la famille du Nouveau Monde

Commentaires