Depuis plusieurs années déjà, la population du Québec est victime d’un manque criant de médecins de famille.Cette pénurie va en s’aggravant et menace l’accès aux soins médicaux d’un grand nombre de Québécois qui perdent ainsi confiance dans notre réseau de santé.
En 2008, le Québec comptait 17 057
médecins, soit 8 766 médecins de famille et 8 291 médecins
spécialistes. La croissance annuelle du nombre de médecins au Québec, soit
5,6 % est plus faible que la moyenne canadienne qui atteignait 8 % en
2008. Le nombre de médecins par tranche de 100 000 habitants varie du
simple au double d’une région à l’autre au Québec; par exemple, la région de
Lanaudière comptait 82 médecins par 100 000 habitants comparativement à
176 médecins pour la région de Montréal.
Si on inclut la garde, les médecins
travaillent de 70 à 80 heures par semaine et cette charge de travail est bien
supérieure si on inclut la couverture 24 heures sur 24 heures, sept jours par
semaine. L’âge moyen des médecins de famille du Québec est de 49 ans et un
grand nombre de médecins approchent l’âge de la retraite.
Les médecins de famille sur lesquels nous
pouvons compter sont surchargés de travail et l’épuisement professionnel les
guette. Plus de 60 % des médecins de famille ont maintenant choisi de
limiter le nombre de nouveaux patients qu’ils voient ou encore de ne pas
accepter de nouveaux patients. La réduction des heures de travail au cours des
prochaines années est une priorité pour bon nombre des répondants. De nos
jours, les jeunes diplômés travaillent moins que leurs aînés qui eux, songent
massivement à la retraite. Dans l’Union européenne, le travail d’un médecin
doit se limiter à 48 heures et si on appliquait cette norme au Canada, nous
aurions besoin de 10 000 nouveaux médecins!
En 2009, le gouvernement du Québec avait
promis d’augmenter le ratio de postes de médecine familiale vs la médecine
spécialisée. Le ratio est actuellement de 45 % à 55 % et il devrait
se situer à 50 % pour chacune des catégories l’an prochain. La directrice
du programme de résidence au département de médecine familiale de l’Université
de Montréal, Dre Louise Authier(2) soutient cependant que
le problème réside principalement dans le manque d’intérêt pour la profession
de médecin de famille comparativement aux médecins spécialistes et que le
changement de ratio ne changera presque rien au problème de pénurie de médecins
de famille.
- Nombre
réduit d’admissions en médecine pendant plusieurs années. Même si nous
notons une croissance encourageante dans les dernières années, plusieurs
médecins partiront à la retraite ou quitteront notre système de santé dans
les prochaines années. Plusieurs jeunes médecins passent simultanément
leurs examens canadiens et américains, parlent deux ou trois langues ou
ont des conjoints d’origines diverses, ce qui laisse beaucoup d’indices
sur leurs projets. Le gouvernement a augmenté l’offre sans rien changer au
marketing de la médecine de famille.
- Réduction
du choix de médecine familiale chez les diplômés qui préfèrent une
spécialisation. Leur surendettement à la fin de leurs études les pousse à
continuer leurs études afin de bénéficier d‘un meilleur salaire.
- Bon
nombre de médecins de famille et de spécialistes ont préféré certaines
heures de travail en consultation ou en faveur de rôles ultraspécialisés.
La qualité l’emporte sur la quantité de travail.
- Peu
de médecins ayant reçu un diplôme à l’étranger sont admis pour pratiquer
la médecine ici, même s’ils réussissent les examens du Collège des
médecins.
- Nous
connaissons un exode de médecins vers la pratique privée ou vers d’autres
provinces ou pays, à la recherche de meilleures conditions de travail.
- Parmi
les médecins de famille du Québec, 46 % sont des femmes et elles
occupent maintenant plus de la moitié des facultés de médecine. Elles
travaillent environ sept heures de moins par semaine que leurs collègues
masculins en raison des responsabilités familiales. Cette féminisation de
la profession a un impact direct sur l’accessibilité aux médecins de
famille.
- Les
règlements des ordres professionnels en médecine freinent la délégation de
tâches pouvant être exécutées par d’autres intervenants du système de
santé, ce qui alourdit la tâche des médecins de famille et augmente leurs
heures de travail.
La Fédération des médecins omnipraticiens du
Québec (FMOQ) a demandé au gouvernement une politique nationale sur la médecine
familiale en 2008 afin que chaque Québécois ait accès à un médecin de famille.(3)
L’énoncé propose quinze recommandations axées sur la formation, l’organisation
des soins et la rémunération. Dans son budget 2009-2010, le gouvernement du
Québec reconnaît l’importance de l’accès à un médecin de famille et augmente
ainsi de 5,7 % son budget accordé à la santé.
Quelques pistes de solutions :
- La
création de Groupes de médecine familiale (GMF). Plusieurs cliniques sont
maintenant organisées de cette manière et il suffit de s’inscrire à l’un
des nombreux GMF par région(4) pour avoir accès à un médecin de
famille, à ses collègues et aux infirmières qui collaborent à la prise en
charge et au suivi de votre état de santé.
- L’intégration
des infirmières cliniciennes pour les consultations de première ligne, par
exemple pour les bilans de santé annuels, la prise de signes vitaux, les
urgences mineures, etc.
- Une
mise à niveau pour les médecins ayant obtenu leur diplôme à l’étranger
afin de les intégrer rapidement dans les groupes de médecine familiale où
ils pourraient recevoir un encadrement pour une période déterminée.
- Une
réorganisation des facultés de médecine afin d’accueillir plus d’étudiants
et une révision de la rémunération des médecins de famille afin de
revaloriser ce choix de carrière.
Avec le vieillissement de la population, la
demande de soins s’accroît et il y a une véritable urgence d’agir pour
faciliter l’accès aux soins médicaux de première ligne tout en libérant les
salles d’urgence des hôpitaux. Le rôle du médecin de famille est crucial dans
cet engrenage et peut faire diminuer considérablement les coûts du système de
santé.
Bonne santé!
Référence :
(1)
Institut
canadien d’information sur la santé; Étude sur le nombre, la répartition et la
migration des médecins canadiens, 2008
(2)
Le Devoir, « La pénurie de médecins de
famille ne se résorbera pas », Lisa-Marie Gervais, 2 février 2009
(3)
Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec : « Énoncé de principes en
faveur d’une politique nationale sur la médecine familiale » octobre 2008
www.formulaire.gouv.qc.ca/cgi/affiche_doc.cgi
(4) Collège des médecins de famille du Canada, Sondage national auprès des médecins
www.beautherium.com
info@beautherium.com
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Saint-Sauveur, QC, J0R 1R0
Téléphone : 450.227.9181 1.800.906.9181
J'aimerais ajouter une nouvelle piste de solution aux quatre déjà proposées. Il suffirait tout simplement de modifier la fréquence des visites annuelles; passer de 12 à 15 mois pour les visites de routine. Cela dégagerait immédiatement du temps précieux aux médecins de famille qui pourrait ainsi accepter au moins un 20% de patients supplémentaires. Les examens et prises de sang aux 15 mois déchargeraient également le personnel des laboratoires d'une importante charge de travail. Voilà une solution qui n'implique aucun coût supplémentaire au système de santé.
Rédigé par : Michel Morin | 26/04/2010 à 02:35