Madeleine a des migraines fréquentes depuis que son travail l’oblige à passer six heures assise face à son ordinateur. Par ailleurs, elle ne s’était jamais aperçue qu’elle serrait les mâchoires en travaillant, au point de créer une tension généralisée ralentissant sa réflexion ; c’est cette tension qui se déploie en migraine. Que devrait-elle faire pour les éviter ?
Apprendre ? Apprendre quoi? Pour faire quoi?
À titre d’exemple, nous élaborerons sur la
situation de Madeleine aux mâchoires serrées et verrons ce qu’elle pourrait
faire pour retrouver une plus grande aisance physique et mentale dans l’action.
Quand notre qualité de vie ou notre santé diminue,
c’est tout simplement que notre système d’autorégulation n’a pas su nous
maintenir en équilibre. À cet effet,
Jerrold Greenberg [1]affirme
que le bien-être de la personne réside dans l’équilibre entre ses différentes
dimensions : physique, psychologique, sociale et spirituelle (sens donné à sa
vie). Le fait d’avoir des migraines nous indique que notre relation avec notre
environnement n’est plus suffisamment dynamique, que nos habitudes ne
respectent pas suffisamment les lois de la vie : s’alimenter de manière
nutritive, dormir suffisamment, avoir une vie sexuelle satisfaisante, être
entouré, être actif physiquement, gérer son stress, donner un sens à sa vie
.... [2]
Si nous sommes en vie, c’est bien parce que
le vivant en nous sait se mouvoir ; et si nous savons que nous sommes en vie,
c’est parce que nous sentons nos propres mouvements. Il nous faut d’abord et avant tout apprendre
« à devenir nous-mêmes plus compétents dans la gestion de nos sensations
et de nos mouvements » dirait Yvan Joly[3], parce que
lorsqu’une personne progresse sur le plan somatique, c’est globalement
qu’elle évolue puisque les sensations, les émotions, le mouvement étant des
aspects d’un système unique d’un même individu.
Ce contact avec soi permet d’avoir plus de choix; d’opter pour des
pensées et des pratiques d’hygiène de vie et sociale favorables. Ceci nous
permet de vivre avec moins d’effort et plus d’efficacité et nous donne le goût
de respecter l’autre et notre environnement, car nous éveillons en nous-même
cette vérité perdue : nous sommes indissociables de ce qui nous entoure[4].
Ainsi, en devenant conscient - mes mâchoires sont tendues, nous pouvons participer à notre propre autorégulation - les desserrer, mieux respirer et de nouveau être en relation de manière dynamique et adéquate avec notre environnement - pensée orientée sur les solutions, réorganiser notre bureau, vivre un sentiment d’aisance.
Le domaine de l’éducation somatique[5]
est riche d’enseignements à cet égard.
Il traite de l’interaction entre une personne et son environnement. Ce domaine rassemble une diversité
d’approches dont le but fondamental est d’apprendre à raffiner notre sens
kinesthésique et proprioceptif pour agir avec une efficacité, un plaisir
accrus, et une douleur moindre.
Voici un des principes de ce courant de pensée utile à
l’élargissement de notre potentiel. Si l’on veut décrisper nos mâchoires, il
faut rééduquer notre système sensoriel devenu insensible. Pour éduquer notre
sensibilité, il nous faut réduire l’effort pour trouver la plus petite
différence qui fait une différence.[6]
Par exemple si je transporte une caisse de livres et que
quelqu’un ajoute un crayon sur le dessus, sentirais-je la différence de poids?
Combien de coffres à crayons bien remplis seront nécessaires pour que mon
système nerveux remarque une différence? Par contre, si je transporte seulement
un cahier, alors le poids de ce crayon sera perceptible.
Dans le cas des mâchoires crispées de Madeleine, je lui
proposerais de prendre un moment, dans le feu de l’action, pour observer si ses
dents se touchent, si ses épaules sont remontées vers ses oreilles. Cela permettra à son système neveux de capter des
sensations grossières cachées parmi une multitude d’informations diverses.
1.
Mieux
connaître sensoriellement ses mâchoires :
Dans un état détendu, ouvrez et fermez
votre mâchoire; percevez-en la forme, avec vos doigts suivez le contour de vos
os, tapotez-les en haut, en bas, sur les côté.
Remarquez si vos muscles, qui ont une texture plus molle que vos os,
sont malléables ou s’ils sont plutôt douloureux au toucher? Jusqu’où
sentez-vous cette douleur ? Pour terminer, massez-les.
Maintenant, identifiez quel est le
niveau de contraction de vos mâchoires.
À l’intérieur de votre bouche y a t-il de l’espace entre vos dents? Imaginez que vous tenez une feuille de papier
avec vos dents de sagesse ; quelle est la sensation dans vos muscles?
Maintenant, imaginez que vous ne tenez plus rien entre vos dents ; que se passe
t-il? Enfin, laissez la gravité ouvrir
vos mâchoires ; est-ce la même sensation? Vos pensées se calment-elles? Reprenez l’exploration pour bien distinguer
la différence.
Fermez-vous votre bouche avec le
minimum d’effort?
Diminuez encore l’effort de moitié.
Votre langue pousse t-elle votre palais ou ne fait-elle que lui toucher?
Comment vos épaules réagissent-elles
lorsque vous poussez contre votre palais?
Votre respiration s’arrête
t-elle?
Maintenant, laissez le bout de votre
langue simplement toucher, sans effort, votre palais : comment réagissent
vos épaules, votre front, votre respiration?
Répétez cet exercice pour trouvez
l’aisance ; laissez tout votre être s’imprégner de cette sensation,
goûtez-y.
Finalement, s’entraîner régulièrement afin que cette
sensation devienne intégrée, guidant votre action.
Apprendre à devenir conscient, c’est réorganiser notre
système nerveux, lui donner de nouvelles connexions neurales. Cela nécessite deux conditions : Se
donner du temps et réduire l’intensité de l’effort. Pour enfin, dans le
quotidien de notre vie, avoir le choix de sa santé dans toutes ses
dimensions.
Bon apprentissage!
[2] Harvey,
Gilles, professeur de l’UQAM. « Pour une approche intégrée en
santé » PUF, 2009, p33.
[3] Joly,
Yvan,, praticien certifié de la méthode Feldenkrais, somnité en la matière au
Québec : « L’éducation somatique et sa pertinence pour la
santé », Revue Québec en Santé,
1997.
[4] Je vous
invite à lire l’article d’octobre 2009
de Marie-Josée Leblanc intitulé « Changement d’attitude
et d’union avec la nature » ; vous le trouverez sur le portail de Solution
Mieux-Etre. Section : Santé de l’environnement
[5] Thomas Hanna Somatics, “Reawakening
the mind’s control of movement, flexibility and health” N.Y.: Addisson-Wesley
1889.
[6] Sylvie
Fortin ph D. UQAM. « Devenir expert
de ses sensations » Actes du congrès 4 arts (2001) p 43-51
[7] Pour en savoir plus ou être guidé, je vous recommande de consulter les sites du Regroupement d’Éducation Somatique (au Québec) et de Passesport Santé. Danielle Laroque est praticienne en anti gymnastique de l’école CERA. Elle est aussi kinésiologue et auteure.
Danielle Larocque B.Sc, M.A.Ed
Auteur, conférencière et formatrice
www.expressionsante.com
expressionsante@videotron.ca
Téléphone: 450.224.2407
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