La marche est un mouvement naturel. Les étapes pour y arriver sont parfois perturbées par certains blocages pouvant avoir des conséquences sur l’apprentissage de l’enfant à long terme. Cette phase si merveilleuse à observer pour le parent exige quelquefois des interventions à ne pas négliger.
Durant les deux premières années de sa vie,
l’enfant développe le contrôle de sa posture, il commence à interagir avec son
milieu, il a envie de conquérir l’espace qui l’entoure et de saisir et
manipuler les objets disponibles. Il doit donc acquérir la posture debout en
passant par les premières formes de locomotion, soit ramper et se déplacer à
quatre pattes. Il doit contrôler l’équilibre particulier à une nouvelle
position, avant de pouvoir progresser vers une autre étape.
L’évolution motrice de l’enfant varie
considérablement de l’un à l’autre, selon des écarts de quelques semaines à
quelques mois dépendant l’activité. L’important demeure pour lui de traverser les
différentes étapes de façon adéquate et de ne pas sauter de phases d’évolution.
Le parent devra intervenir si son enfant semble ne plus évoluer vers une autre phase
ou ne pas y arriver de façon harmonieuse.
C’est vers l’âge de 4 à 6 mois que l’enfant
soulève la poitrine du sol pour se tracter avec les bras, le corps glissant par
terre. Les jambes poussent un peu, puis ensuite très vite. Les genoux se
fléchissent plus tard pour soulever l’abdomen, préparant la marche à quatre
pattes vers 8 ou 9 mois. Quand ces étapes sont bien acquises, il peut ensuite
se hisser debout, marcher avec aide et enfin, se lancer à la grande autonomie,
marcher seul, souvent vers les 13-14 mois.
Le contrôle musculaire débute au niveau de la
tête et s’étend vers les jambes. Il s’effectue du centre vers la périphérie,
donc de l’épaule, au coude, au poignet pour être de plus en plus perfectionné
au niveau des doigts. Cette séquence est conditionnée par la maturation
physiologique du système nerveux central. Les centres nerveux assurant la
survie de l’individu sont matures dès la naissance, mais ceux qui s’occupent
des fonctions de la vie de relation exigent une évolution et de la pratique. De
deux ans à sept ans débutera ensuite une autre période de la vie de l’enfant
qui sera déterminante pour son habileté motrice. Les acquis postnataux vont
l’amener à une autonomie nécessaire à l’apprentissage de toutes autres actions.
Si l’enfant présente une restriction de
mobilité d’une partie du corps, il utilisera sa capacité d’adaptation en
modifiant ces étapes pour se déplacer ou en occultant complètement la phase. Sa
soif de découvertes est plus forte que tout. Nous pouvons observer des enfants
qui rampent, mais en utilisant seulement un bras ou une jambe. D’autres
laissent traîner une jambe derrière et marchent sur 3 pattes. Ou alors, ils se
glissent simplement sur les fesses pour éviter de ramper et de marcher à 4
pattes, jusqu’au jour où leurs jambes seront assez fortes pour les porter. Ce
ne sont pas différents styles en fonction de la personnalité de l’enfant.
Utiliser ses 4 membres de façon symétrique est naturel, plus facile et beaucoup
plus rapide.
Quand un enfant n’arrive pas à exécuter une
étape de façon adéquate, c’est que quelque chose l’empêche ou qu’il n’est pas
confortable. Certains parents croient que leur enfant est paresseux parce qu’il
ne veut pas se mettre à plat ventre et se traîner où il le souhaite. Différents
blocages peuvent être présents et il faut s’assurer d’aider le bébé à
développer son plein potentiel en le dégageant de ses lésions.
L’ostéopathie
s’avère être un outil indiqué pour chercher la ou les causes de ses
restrictions. En effet, des tensions au niveau ostéo-articulaire ou viscéral et
organique peuvent incommoder l’enfant au point où il saute des étapes ou alors,
il n’arrive jamais à les exécuter adéquatement (voir chronique «La santé de
l’enfant … un acquis?»). Ce n’est pas une question de performance.
L’apprentissage moteur peut donc se décrire
en différentes phases de développement, au fur et à mesure que le système
nerveux permet des activités de plus en plus complexes. Et chaque étape est
importante pour permettre le développement d’habiletés motrices qui
respecteront les «lois biophysiques» du corps. Transgresser une étape peut, dès
lors, altérer le développement adéquat de la posture ou de l’activité motrice
ultérieure. Par exemple, le bébé naît dans une position fœtale, c’est-à-dire
recroquevillé sur lui-même. Ramper et marcher à quatre pattes vont lui
permettre de développer toutes les courbures de sa colonne vertébrale et la
musculature adéquate pour le supporter tout au long de sa vie bipède. Le mal de
dos à l’adolescence et à l’âge adulte trouve parfois sa source dans la jeune
enfance. Si les piliers ne sont pas stables, l’équilibre reste précaire.
De plus, à la suite d’observations sur les
difficultés éprouvées par certains élèves dans l’apprentissage de la lecture et
de l’écriture, plusieurs recherches ont mis en évidence l’importance de
certaines capacités perceptives comme étant préalables aux premiers
apprentissages scolaires. Ainsi de nombreux chercheurs européens en psychomotricité
proposent des programmes de préparation perceptivomotrice aux enfants en
garderie et en maternelle depuis près de 40 ans. Ces exercices s’organisent
autour des thèmes de la perception visuelle, auditive, tactile, les relations
spatiales, la conscience du corps, l’équilibre, la latéralité et la
verticalité. Il en est de même pour les apprentissages de la vie sociale qui
s’enracinent sur un développement psychomoteur adéquat.
Références :
- Juan de Ajuriaguerra et Guy
Bonvalot-Soubiran, « Indications et techniques de rééducation
psychomotrice en psychiatrie infantile » Psychiatrie de l’Enfant,
2, 1959, 423-494.
- André Lapierre et Bernard
Aucouturier, La symbolique du mouvement,
EPI, 1975.
- Joël Monzée, «Comportements
dérangeants des enfants: médicalisation ou développement du Soi ?», Présence, 2008, vol.
11(1):10-16.
- Joël Monzée (dir.), Neurosciences et pyschothérapie,
Éditions Liber, 2009.
- Joël Monzée et Mélanie Tremblay, «Bases
neurophysiologiques du mouvement de la double-bascule», Santé Sexuelle, 2009, n0 6 :4-36
- Robert Rigal, Motricité humaine, Presses de
l’Université du Québec, 3e édition, 2003.
- Pierre Vayer et Charles Roncin, Les activités corporelles chez le jeune enfant, Presses
Universitaires de France, 1988.

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