Y a-t-il quelque chose d’étrange dans ce que je raconte? Avez-vous déjà imaginé un monde sans pollution ni déchets? Un monde où tout ce que vous consommez retourne indéfiniment à la
terre pour la nourrir ou à un centre de recyclage pour en faire d’autres
produits, et ce, sans détérioration des matières ni toxicité? S’agit-il d’un
concept utopique?
C’est du moins ce à quoi aspirent les auteurs de Cradle to Cradle, Remaking the Way We Make
Things (2002), l’architecte William McDonough et
le chimiste écologique de renommée mondiale Michael Braungart. Ces deux hommes
travaillent concrètement à transformer ce rêve en réalité, un produit à la
fois. Ils ont pris d’assaut l’expression « Cradle to Cradle » (berceau au
berceau), inventée en 1970, et ont élaboré un concept basé sur le principe «
déchet = aliment ». Cette approche fait son chemin parmi les entreprises les
plus connues : Ford, Nike et BASF, entre autres.
Nous avons déjà entendu parler de design vert auparavant, mais ce concept va plus loin encore, beaucoup plus loin. La méthodologie se décline en plusieurs étapes, toutes aussi rigoureuses les unes que les autres. Deux d’entre elles sont expliquées ici :
- Ecoefficacité
plutôt qu’efficience. Les deux termes sont souvent confondus, mais il existe réellement une différence de signification. Le procédé du berceau au berceau mise sur l’atteinte de la qualité avant la quantité; ce qui est le cas dans la nature. L’approche des
auteurs fait en sorte de briser les murs entre les entreprises et les
environnementalistes, surtout selon la vision puriste de chacun de ces partis;
les premiers ont une orientation particulière vers le profit à tout prix, alors
que les deuxièmes visent une protection environnementale sans compromis (les partisans
de l’écologie profonde). En fait, ils arrivent rarement à s’entendre. Le
développement durable, l’enfant chéri des entreprises voulant se donner bonne
conscience, est souvent utilisé en version diluée. Nos cocréateurs l’ont
justement revisité et proposent une considération uniforme des performances
économiques, environnementales et sociales. Voilà un concept qui représente
exactement ce qui aurait toujours dû exister dans le milieu des affaires. Aucun
élément n’a préséance sur les autres. Cette façon de faire demande éthique,
temps et courage certes, mais aussi énormément de discipline.
- Cycles de nutriments. La conception du berceau au
berceau se différencie en fonction de deux types de produit, et ce, selon leur
comportement pendant l’usage. Il existe donc des produits de consommation qui
sont composés de nutriments biologiques et qui retournent à la terre au cours
d’un cycle biologique. Nous pouvons ainsi en disposer sans crainte de pollution
quelconque ou les composter pour notre jardin. Pourquoi pas? En fait, ils ont
été pensés de la sorte. Plus aucun produit chimique sur la peau ni dans nos
cours d’eau. On croirait rêver… Dans cette catégorie, on retrouve par exemple
des produits d’usage courant comme les savons et les cosmétiques, mais aussi les
tissus et les pneus.
Les autres sont classés comme des produits de service
et composés de matériaux qui sont typiquement stables pendant leur usage.
Ensuite, ils sont retournés à la compagnie manufacturière qui les utilise
indéfiniment sans réduire la qualité des matières. Cela leur permet de
fabriquer le même type de produit sans en altérer la qualité. Ces produits
peuvent être composés de matières chimiques ou synthétiques, mais ne sont pas
dangereux ni pour notre santé ni pour celle de la planète. Attention, on ne
parle pas ici de la même chose que les filières de recyclage déjà mises en
place. Les auteurs surnomment les méthodes de recyclage employées de nos jours
comme du « downcycling ». Il faut
savoir que ces méthodes n’assurent pas un tri très élaboré, une tâche qui
demande davantage de discipline, mais la santé et l’économie y gagneraient.
Par
exemple, les fibres de vêtements en tissu polaire fabriqué de bouteilles de
plastique recyclé contiennent des métaux lourds dangereux et toxiques pour
notre santé comme l’antimoine, les
résidus catalytiques, les stabilisateurs ultraviolets, les plastifiants et les
antioxydants.[i] Un autre exemple servant
d’argument : l’acier des voitures est fondu avec d’autres parties de la
voiture, y compris le cuivre, la peinture et l’enduit de plastique, voilà ce
qui diminue la qualité du métal. Ce métal recyclé ne peut donc pas servir à
reconstruire d’autres voitures. De plus, ces métaux rares, tels que le cuivre,
le chrome et le manganèse, sont en fait des ressources non renouvelables
perdues.
Au-delà de cette discipline exemplaire faisant partie
de leur démarche, ce qui est le plus inspirant encore, c’est la ténacité avec
laquelle messieurs McDonough et Braungart font valoir
leur point de vue. Leurs idées sont novatrices et promeuvent la créativité et
le dépassement. Ils réfutent certaines des plus grandes hypothèses avancées
pour préserver la planète et reformulent de nouvelles hypothèses basées sur
leur propre concept.
La décroissance ne semble pas être une solution pour
eux : ce n’est pas agréable de devoir penser à se restreindre et se
sacrifier. Laissons tomber les arguments de peur et de règlementation[ii].
Célébrons la diversité, faisons la promotion du plaisir, de la beauté et de
l’esthétisme dans un équilibre économique, environnemental et social sans
égard. Soyons créatifs et intelligents! Réinventons le monde, semblent-ils
dire. J’ai le goût d’y croire, et vous?
Références:
·
http://www.internetactu.net/2008/10/08/du-berceau-au-berceau-le-design-en-reponse-au-defi-environnemental/
·
http://www.deformat.org/post/2007/09/17/Le-Cradle-to-Cradle-illustre
·
http://www.lamaison.qc.ca/habitation/page77.html
Sites
Web :
·
http://en.wikipedia.org/wiki/Cradle_to_Cradle
·
http://www.epea.com/index.php
·
http://www.mbdc.com/index.htm
Film documentaire Waste = Food (visionnement
gratuit sur le web) : http://video.google.com/videoplay?docid=-3058533428492266222#
Marie-Josée LeBlanc
Éducation relative à l’environnement (ERE)
mjyogee@gmail.com
Petaluma, Californie
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