Au début du 20e siècle, nous avons
voulu contrôler les besoins des enfants dès la naissance : avec les
accouchements en milieu hospitalier, les bébés sont séparés de leur mère et
installés dans des pouponnières qui accueillent parfois des dizaines de
nouveau-nés emmaillotés dans leurs petits lits. Les infirmières les amènent aux
mamans à heures fixes pour qu’ils boivent ; parfois elles laissent les mères dormir et donnent
alors un biberon d’eau ou de lait pour faire patienter le bébé.
Certains bébés se révoltent et crient
fort leur besoin de voir et se coller contre leur mère. Certaines mères
souffrent de cette séparation qu’elles refusent instinctivement. On suggère
alors de ne pas répondre aux besoins qu’on qualifie facilement de caprices de
cet enfant et de le laisser pleurer jusqu’à l’heure de son biberon. L’allaitement
maternel n’est plus ce qui est recommandé. Les compagnies de lait offrent des
produits qui sont «aussi bons» et qui libèrent les mères de cette tâche
ingrate.
À cette même époque, aux États-Unis, un
pédiatre est alors très célèbre et fait autorité dans les familles : il préconise
de ne pas prendre l’enfant dans ses bras lorsqu’il pleure, de le nourrir à
heures fixes et de ne pas le gâter par des caresses. Cette façon d’être avec
les enfants était très ancrée dans la société et le contact ne fait à priori
pas partie des besoins à combler chez l’enfant. On transmet aussi que les
enfants manipulent, abusent facilement de leurs parents et seront gâtés si on
ne fait pas attention.
Quelle est donc la vraie nature de
l’enfant ? Des chercheurs et des parents se sont questionnés en observant les
enfants et leurs besoins dans différentes cultures. Ils ont constaté de grandes
différences dans l’accueil du nouveau-né et dans son intégration dans la
société.
Je vous présente un de ces chercheurs,
Ashley Montagu, docteur en anthropologie né au début du 20e siècle et
qui a écrit une soixantaine d’ouvrages. Selon lui, l’être humain possède dès sa
naissance de nombreuses qualités que les adultes ont l’habitude d’éteindre par
une éducation trop rigide.
Dans son livre «La peau et le toucher» dans lequel il s’appuie sur de très
nombreuses études, il s’intéresse au toucher dans la petite enfance qui définit
selon lui la capacité de cet être à se développer et à avoir des relations
saines. Ses études commencent dans les années 50 et sa vision va totalement à
l’encontre de la norme de cette époque : favoriser le toucher dès la
naissance, le peau à peau, l’allaitement, la proximité avec l’enfant, le
portage plutôt que la poussette pour se promener. Il parle de l’importance de
l’amour dans le développement des êtres humains.
Quelques chiffres rapportés dans ce
livre nous éclairent : «jusque vers 1920, le taux de mortalité des enfants
de moins d’un an dans tous les orphelinats des États-Unis étaient à presque
100% ! » C’était l’amour maternel qui manquait aux bébés. Dans un
environnement trop aseptisé et sans contact humain ni toucher, les enfants
dépérissaient.
Lorsqu’on instaura des soins maternels
dans les unités pédiatriques, le taux de mortalité infantile tomba en 1938 à
moins de 10%.
Ashley Montagu explique que pour
s’épanouir, l’enfant a besoin d’être touché, caressé, cajolé et qu’on lui
parle.
Le docteur Mary Ainsworth a effectué
une étude des soins donnés aux nourrissons en
Ouganda où les mères portent leurs bébés toute la journée et les
allaitent au moins un an. Elle conclut que la façon dont les Ougandais
s’occupent de leurs bébés avec beaucoup de contacts physiques, un lien étroit
avec la mère, des stimulations sociales très fortes, une satisfaction rapide
des besoins de confort, l’absence d’entraves et la liberté d’explorer le monde,
a un impact sur leur développement. Les bébés ougandais ont un développement
sensori-moteur plus rapide que les bébés occidentaux, ils rampent, s’assoient
et marchent plus vite. Le docteur Ainsworth s’est arrêtée dans sa recherche aux
premiers mois de vie de l’enfant.
L’enfant naît inachevé et il doit
poursuivre son développement à l’extérieur de l’utérus. Le bébé humain est
totalement dépendant de sa mère les premiers mois de sa vie. Il a besoin de
cette relation intime avec elle, ce qui va permettre son développement. Lorsque
le bébé a reçu suffisamment de protection et de stimuli, il peut s’aventurer
au-delà du corps de sa mère, sûr de lui et habitué à un bien-être naturel. Il
commence à se déplacer, mais se retourne régulièrement vers sa mère pour
s’assurer de sa disponibilité. Si elle est là, présente, constante, disponible,
il s’aventurera de plus en plus loin. Il aura acquis cette sécurité intérieure
et ce bien-être qui lui permettront d’être un enfant, puis un adulte autonome.
Nous avons voulu rendre nos bébés autonomes
dès les premières semaines en régissant leur vie par une discipline rigoureuse ; ainsi ils dorment seuls, ne sont pas
gâtés, pas trop portés, pas trop écoutés.et… nous, les parents semblons plus
libres.
J’aime parler aux futurs parents de
cette nouvelle discipline qui les rend
à l’écoute d’eux-mêmes et des besoins de leur enfant qui, gorgé d’amour, de
contact et de présence disponible pourra se détacher à son rythme lorsqu’il
sera prêt à le faire, au-delà de toute norme. L’enfant est totalement intégré à
la vie familiale et les parents sont tout aussi libres…avec leur enfant.
Références:
·
Ashley Montagu, La peau et le toucher. Un premier langage, édition du Seuil 1971
· Jean Liedloff, Le concept du continuum. A la recherche du bonheur perdu. Ambre éditions 2006
Isabelle Challut
Pleine Lune
Centre de ressource en périnatalité
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Tél: 819.323.4440
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