Vivre avec une conscience environnementale tout en vivant dans l’abondance financière ne semble pas être une pensée populaire dans le milieu vert. Il me semble que cette notion de privation réside encore dans notre conception d’une personne dite environnementaliste.
Lorsque
j’ai mentionné à une amie que notre famille ferait partie d’une série
documentaire[i] sur la simplicité volontaire[ii]il y a quelques années, je me souviens d’un commentaire faisant justement allusion à cette perception liée à cet art de vivre qu’ont les simplicitaires[iii]. Je ne pouvais vivre dans une maison à deux étages et être en possession de reproductions de toiles à tirage limité tout en adhérant à la simplicité volontaire!
Mon désir de faire partie de cette série documentaire avait
justement pour but de démystifier cette conception de la personne « grano » qui
se prive de tout pour vivre simplement. Dans son livre La simplicité volontaire, plus que jamais…, Serge Mongeau déclare qu’il ne faut pas confondre simplicité et pauvreté. « Quand on choisit volontairement de vivre sobrement, il en va tout autrement. On ne vit pas de frustration puisqu’on ne se prive pas d’un bien, mais on choisit plutôt
de le remplacer par autre chose qui apporte davantage », affirme-t-il.
Bien
qu’adhérant à ces principes, je dois admettre que je me sens parfois dans une
zone grise, car notre famille est financièrement à l’aise. Il m’arrive encore parfois
d’avoir ce sentiment de ne pas être totalement simplicitaire. Mais tout cela
n’est qu’une croyance. « Ce ne sont que des pensées et les pensées peuvent être
modifiées », comme le dit si bien Louise Hay[iv]. Il m’incombe donc de faire la paix avec ma situation financière tout en reconnaissant les changements positifs qu’elle me permet de mettre en place, et ce, afin de vivre en harmonie avec mes valeurs environnementales et communautaires.
<Vivre
dans l’abondance et entouré de belles choses n’est qu’une manifestation de
notre choix conscient d’une croyance différente. Cette citation de E.F.
Schumacher[v] résume bien notre relation à l’argent :
Ce n’est pas la richesse qui fait obstacle à la libération, mais l’attachement à la richesse; ce n’est pas non plus le plaisir que procurent les choses agréables qui est condamnable, mais le désir ardent de les obtenir.
Il
est donc possible de se libérer de notre esclavagisme à la consommation si nous
nous détachons de nos possessions matérielles. C’est ce que font les YAWN
(Young And Wealthy but Normal soit, Jeune et riche mais normal en français). Ce
terme fut utilisé pour la première fois par un journaliste du « Sunday Telegraph of London ». Le site Web Investodepia[vi] nous en offre une définition :
Une classe de millionnaires ayant réussi de leurs propres moyens adoptant un mode de vie relativement modeste. Au lieu de dépenser leur richesse sur l'acquisition d'articles de luxe ces personnes préfèrent verser des contributions à des causes charitables et passer du temps avec leur famille. (Traduction libre)
La définition semble avoir évolué pour maintenant inclure un plus grand
pourcentage de la population. L’agence France Presse en 2008 résumait l’acronyme
en ces mots : Ils sont jeunes, ont de l'argent, mais mènent une vie
volontairement frugale et se soucient bien davantage de leur « empreinte carbone
» que de porter des vêtements de marque. Là, je commence à me reconnaître.
Consommer moins, mais mieux
Malgré
le fait que je suis de plus en plus à l’aise de vivre dans l’abondance et l’éthique,
différencier besoin et désir n’est pas toujours une chose facile. La publicité est
présente partout. Les agences de marketing sont des maîtres de la psychologie,
tentant de diverses façons de nous faire avaler leur recette du bonheur. Il est
de notre ressort de nous armer d’esprit critique, une valeur prônée et enseignée
dans le domaine de l’éducation relative à l’environnement. Il sera donc plus opportun
de démasquer ceux qui veulent nous faire croire que le bonheur réside dans
l’avoir plutôt que dans l’être. Le fait de limiter notre consommation de télévision
est aussi un antidote de choix. En effet, il existe de multiples autres façons
d’enrichir nos vies.
Être riche autrement
Comment
se définit la richesse? En terme économique, on fait souvent référence à un
avoir net quelconque. Le fait de posséder un avoir net positif plutôt que de
vivre au-dessus de nos moyens ne peut être que bénéfique. En d’autres termes, la
richesse peut se définir de différentes façons, soit :
d’avoir un réseau d’entraide au sein de notre communauté;
- de s’estimer plutôt que de consommer;
- de reprendre confiance en notre pouvoir créateur;
- d’utiliser notre sens critique pour influencer positivement nos choix de vie;
- de se percevoir comme partie prenante de l’environnement;
- de considérer les aspects sociaux et environnementaux dans nos décisions de consommation;
- de viser la modération comme éthique de consommation plutôt que de renoncer aux biens;
de remplacer la quantité par la qualité;
de miser sur la solidarité plutôt que sur l’individualisme;
- de favoriser la participation et non la concurrence;
- de pratiquer l’autonomie plutôt que la dépendance.
La modification de nos croyances
« Avec nos pensées, nous créons le monde », avait affirmé Bouddha. Nos pensées se matérialisent : voilà
pourquoi il est si important de prendre le temps de réexaminer nos croyances.
Elles ont un pouvoir qui dépasse bien des actions irréfléchies. Les croyances
sont à la source de nos attitudes, ce qui influence alors nos valeurs et nos
comportements. Cet état de fait est d’une grande importance si nous tenons à
préserver l’environnement, à maintenir notre qualité de vie sur terre et à être
heureux. Comment peut-on choisir consciemment nos croyances et ensuite les
utiliser pour le bienfait de notre environnement? Existe-t-il des croyances
populaires auxquelles nous adhérons sans vraiment nous questionner et qui sont
nuisibles à notre bien-être? Quelles sont-elles? Comment les transformer?
Références:
[i] Série
télévisée diffusée au Canal Vie en 2007 intitulée « Tout… simplement »
[ii] Au Québec, l’Office québécois de la langue française définit la simplicité volontaire comme un « mode de vie consistant à réduire sa consommation de biens en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs essentielles ». Vous pouvez trouver plus d’information en consultant le site : http://simplicitevolontaire.info/
[iii] Le Réseau
québécois pour la Simplicité volontaire (RQSV) utilise ce terme pour désigner
les adeptes de la simplicité volontaire.
[iv] Une des fondatrices du mouvement de croissance personnelle. Pour une biographie complète,en anglais, consultez ce lien : http://www.louisehay.com/about/index.php
[v] E.F Schumacher, Small is Beautiful, Contretemps/Le Seuil, Paris, 1978, p. 33
[vi] http://investopedia.com/terms/y/yawn.asp?&viewed=1
Marie-Josée LeBlanc
Éducation relative à l’environnement (ERE)
mjyogee@gmail.com
Petaluma, Californie
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